Ep. 29 - Legendia Parc : la légende qui se réinvente à chaque Halloween

Il y a sept ans, Alex Guillon reprend avec son associé un parc, deux mois avant le Covid. À l’origine, ce n’est pas un professionnel du loisir, mais un ingénieur de formation, convaincu qu'un territoire peut se réapproprier son histoire sans la trahir.

Dans cet épisode, le directeur de Legendia Parc raconte comment un ancien élevage de vaches et de daims à Frossay, en Pays de Retz, est devenu un monde de loups, de dragons et de spectacles vivants, pensé pour que petits et grands y reviennent génération après génération.

Il explique aussi ce qui se joue derrière chaque nouvelle saison : comment on réinvente une légende sans jamais la trahir, pourquoi un site de loisir est condamné à se renouveler sans cesse, et ce qu'Halloween, avec ses nouveautés 2026, révèle de cette philosophie.

Une conversation sur l'ADN d'un lieu, l'appartenance territoriale, et ce qu'il faut faire ressentir à un visiteur pour qu'il ait encore envie de revenir l'année suivante.

« Faire venir, faire revenir : Halloween et Noël sont dans cette continuité. L’objectif, c’est de réinventer des nouveaux spectacles, des nouveaux concepts, toujours de la nouveauté, parce que nos clients fidèles ont nos passes annuels. C’est aussi un enjeu territorial pour des parcs comme le nôtre. »
— Alex Guillon
 

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À propos de Legendia Parc :
Repris il y a sept ans par Alex Guillon et Pierre-Marie Lefeuvre, Legendia Parc est un parc à thème et animalier à Frossay, en Pays de Retz. Plus de 120 000 visiteurs par an, 500 animaux (loups, ours, lynx) sur 40 hectares, et 115 collaborateurs à l’année. Le parc se construit en Lands thématisés, de Dragonia à la Forêt des Ents, avec plus de 7 spectacles vivants joués jusqu’à 20 fois par jour et des lodges au cœur des loups. Chaque année, un nouveau rendez-vous : cette année pour Halloween, Legendia Illumina et le Carrousel Sanglant. Un ancien élevage de vaches et de daims devenu une légende qui ne cesse de se réinventer.

🙋🏽‍♀️ Un grand merci à Clément Duparc de Tribus Echoes Production pour la création unique de notre identité musicale : https://tribusechoesproduction.com/

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Transcript

Introduction

Il y a un site à Frossay, en Pays de Retz, entre Nantes et l'estuaire de la Loire, où l'on élevait des vaches, puis des daims, avant qu'on y raconte des légendes.

Aujourd'hui, ce site s'appelle Legendia Parc. Des loups, des dragons, des spectacles qui débordent jusque dans la nuit. Un parc que les gens du coin connaissent depuis toujours, génération après génération, et qui reste ancré à son territoire autant qu'à son histoire.

Il y a sept ans, Alex Guillon et Pierre-Marie Lefeuvre en ont pris les rênes, deux mois avant le Covid-19. Sept ans plus tard, ils accueillent plus de 120 000 visiteurs, et chaque année, à l'approche d'Halloween, tout le parc se réinvente pour leur donner une raison de plus de revenir.

Entrepreneurs dans l'âme, ils ne se laissent pas guider que par les chiffres. En réalité, une question guide chacun de leurs choix : qu'est-ce qu'on veut faire ressentir à un visiteur qui pousse la porte ? Et surtout, comment fait-on pour qu'il ait encore quelque chose à ressentir l'année d'après ?

Un parcours d'ingénieur au service d'un parc en déclin

Avant de parler de légendes, revenons au tout début de ton histoire à toi, qui n'a rien d'un parcours classique dans le secteur du loisir. Tu étais ingénieur et directeur industriel avant de reprendre Legendia Parc il y a sept ans. Qu'est-ce qui t'a fait tout lâcher pour ce pari-là, et qu'est-ce que tu as vu que d'autres n'avaient pas vu ?

« Mon parcours est assez atypique pour le côté touristique. La première chose qui m'a animé, ça a été la passion : voir celle de mon beau-père et l'énergie qu'il a mise au sein de ce site toute sa vie, toute sa carrière, celle de ma belle-mère aussi, et celle de ma compagne, qui a grandi au sein de ce site. Ce n'est pas pour rien que je me suis associé à Pierre-Marie Lefeuvre, mon beau-frère, pour relever ce challenge et reprendre un site, pas forcément au meilleur moment puisque c'était juste avant le Covid. C'était l'un des premiers défis à relever, mais ça a aussi permis d'apporter un autre regard, une autre vision, plutôt industrielle, sans avoir honte de ce mot-là : un regard d'expertise sur ces métiers, la gestion de flux, l'amélioration continue, avec une ambition entrepreneuriale pour la croissance. Je pense que le pari a tenu, parce que la croissance est constante aujourd'hui sur Legendia Parc. »

De l'élevage à la légende, garder l'ADN d'un territoire

Cette transformation, tu ne l'as quand même jamais faite en coupant avec le territoire. Avant Legendia Parc, c'était un site d'élevage, avec des vaches laitières puis des daims. Qu'est-ce que tu as gardé de ce lieu tel qu'il était, et qu'est-ce qu'il fallait à tout prix transformer pour que les visiteurs y ressentent autre chose ?

« Ça a été l'ADN. L'ADN, notamment pour l'appartenance, c'est ce qui fait venir des visiteurs, ce côté un peu madeleine de Proust qui les fait revenir, tout en gardant une histoire, un lore qu'on développe au quotidien, un monde qu'on construit pour faire revenir nos visiteurs. Je pense que l'ADN est la clé pour maintenir une appartenance territoriale. »

Des contes romancés, pas un cours d'histoire

Si on fait le lien avec cette thématique des contes et légendes, d'où le nom Legendia Parc, est-ce qu'il y a eu un travail artistique, au niveau du produit que vous présentez aux visiteurs pour les faire revenir ?

« On a une société de production, Legendia Parc Productions, qui produit nos spectacles, ancrés dans le territoire. On n'est pas historiens, donc on romance des contes et des légendes qu'on s'approprie. Mon quotidien, c'est de parler de dragons, de licornes et de sirènes, on ne s'ennuie pas. Mais on reprend des bouts d'histoire qu'on remet dans des contes, connus ou méconnus, à travers des effets spéciaux, des chants, de la danse, de l'escrime scénique, et beaucoup d'artifices pour faire rêver nos visiteurs au quotidien. »

L'appartenance territoriale, de l'enfance à l'âge adulte

Tu parles d'un parc qui appartient à son territoire, où les écoles et les familles reviennent génération après génération. Tu as un souvenir précis d'un visiteur, une scène, un moment où tu as senti que ce lien-là fonctionnait vraiment ?

« C'était plutôt un souvenir personnel. Au début, quand on a repris ce parc, beaucoup de choses nous inspiraient, et nous inspirent toujours. Il a fallu le rendre accessible à tout public, en y mettant du waouh, ce qui demande beaucoup de travail et d'investissement. Et malgré tout, on se rendait compte qu'il y avait des latences, qu'on n'avait pas réussi à convaincre, jusqu'à cette année, notamment avec Dragonia, notre nouveauté qui s'adresse vraiment à l'univers des enfants. Mon regard a évolué à titre personnel avec Legendia Parc, en me mettant un peu plus dans la peau d'un enfant que dans celle d'un entrepreneur ou d'un jeune adulte qui avait envie de rêver. Il faut faire rêver toutes les générations, et c'est particulièrement difficile de faire vivre ces émotions-là, cet effet waouh, à des cœurs de deux, trois, quatre ou dix ans. »

L'exigence du spectacle vivant

Le spectacle vivant demande aussi beaucoup de technique, et c'est quand même votre cœur de proposition.

« Exactement. C'est du vivant, donc on ne peut pas tricher. Il faut du talent, c'est sûr, chapeau à nos artistes et à l'équipe artistique qui les caste et travaille avec eux au quotidien. Il faut du talent, il faut de l'émotion. Ce qui est intéressant avec le vivant, c'est que peu importe le nombre de représentations qu'on découvre à Legendia Parc, on a toujours le sentiment de redécouvrir, avec un nouveau talent, une nouvelle expression, ce qu'on appelle entre nous de nouvelles couleurs de spectacle. »

Les Lands, des univers immersifs sur 40 hectares

Cet attachement se construit dans le temps, mais aussi à travers un univers dans lequel le visiteur peut entrer et se projeter. Tu as mentionné les Lands, tu peux nous en dire un peu plus ?

« Pour tirer le fil conducteur de Legendia Parc, on a travaillé la mise en scène et le spectacle : on a plus de 7 spectacles quotidiens, joués jusqu'à 20 fois par jour dans différents gradins. Mais le parc fait aussi 40 hectares, donc il y a tout un univers immersif développé autour de la visite et de l'expérientiel. On travaille des Lands : prenons l'exemple de Dragonia, notre nouveauté 2026, la destination des enfants. On y a des spectacles orientés pour les enfants, du merchandising, de la restauration et des attractions pensées pour eux, tout ça dans un univers très scénographié. L'objectif, c'est de s'approprier cet univers et d'être complètement dépaysé. On peut passer comme ça d'univers en univers sur 40 hectares, les Naïades, la Forêt des Ents, pour découvrir le monde de Legendia. »

Halloween et le renouvellement permanent

Cette logique de renouvellement est particulièrement visible en ce moment avec Halloween. Cette année, ton équipe et toi réinventez l'événement avec de nouveaux spectacles et une expérience nocturne. Qu'est-ce que tu veux faire vivre de nouveau à quelqu'un qui est déjà venu l'an dernier, et qu'est-ce qui fait qu'il aura envie de revenir la fois d'après ?

« Pour rebondir sur ce côté ADN, madeleine de Proust, faire venir, faire revenir : Halloween et Noël sont dans cette continuité. L'objectif, c'est de réinventer des nouveaux spectacles, des nouveaux concepts, toujours de la nouveauté, parce que nos clients fidèles ont nos passes annuels. C'est aussi un enjeu territorial pour des parcs comme le nôtre. Cette année, on a Legendia Parc Illumina, la Lune de Sang, un grand spectacle nocturne qui est la symétrie de celui de Noël. On se réinvente dans des choses intelligentes, scalables, reproductibles, qui font grandir nos sites. On s'adapte aussi à la clientèle : cette année, beaucoup de nouveautés sont à destination des enfants, mais on a aussi pensé aux adultes, avec le Carrousel Sanglant, interdit aux moins de 16 ans. On peut venir frissonner sur une autre clientèle, pas forcément familiale, et lui composer une expérience différente de celle qu'elle connaît. »

Les lodges, une micro-destination au cœur des loups

Cette audience familiale, c'est aussi les hébergements qui font la part belle à la notoriété et à l'expérience visiteur.

« Exactement. On ne peut pas se freiner dans la croissance, donc il a fallu devenir ce qu'on appelle une micro-destination : des nuitées avec vue sur les loups. On a une belle collection de loups, arctiques et du Canada, ce qui permet à nos visiteurs de prolonger l'expérience dans leur lodge, dans une immersion qui continue au-delà de la journée. »

Un parc ouvert presque toute l'année

Vous êtes ouverts presque toute l'année, c'est intense. Comment vous gérez cette mise en place, et comment l'émotion reste au centre de tout ça ?

« L'ADN reste le fil conducteur. Le parc a grandi, mais pas seul : il a grandi avec de nombreux collaborateurs. Aujourd'hui, j'ai la chance d'être accompagné par environ 115 collaborateurs à l'année. C'est aussi leur appartenance et leur investissement qui font qu'il grandit. On a des délais toujours très courts pour changer de saison, donc il faut que nos équipes s'approprient cet univers et cette envie de développer Halloween, puis Noël, avec un rythme toujours très soutenu, mais toujours avec le même objectif : faire sourire et émerveiller nos visiteurs. »

Au-delà du spectacle, un parc animalier

On a beaucoup parlé des spectacles vivants et de la thématisation, mais vous êtes aussi un parc animalier. Comment faites-vous pour que toutes ces particularités vivent ensemble ?

« À la base, c'est un parc zoologique. Aujourd'hui, on se catégorise plutôt comme parc à thème, parce qu'on a une multitude de secteurs. On est à 500 animaux sur le site, des loups, des ours, des lynx, sur 40 hectares, avec une énorme équipe animalière pour garantir le bien-être animal au quotidien. C'est aussi dans les Lands qu'on intègre notre travail de pédagogie, de recherche et de conservation, à travers notre collection animalière, pour sensibiliser nos visiteurs à ce bien-être. »

Sur ce sujet du bien-être animal, un autre invité de Visiteur 360 a fait des choix radicalement différents : au Parc de Branféré, Alexandre Pétry a construit un parcours nocturne en refusant délibérément de perturber les animaux.

Est-ce que tu sais quelle est la raison principale pour laquelle les visiteurs viennent chez vous, plutôt les spectacles et l'immersion, ou le parc animalier ?

« J'aime à penser qu'ils viennent pour tout ce qu'on propose au quotidien, et j'en serais très fier. C'est vrai qu'on n'a pas creusé le sujet, peut-être qu'on ne veut pas le savoir non plus. Ce qui compte, c'est de rester neutres dans ce développement, d'écouter nos visiteurs à travers leurs émotions plutôt qu'uniquement dans leurs envies. »

Conclusion

Merci Alex pour ce temps et cette franchise, et pour tout ce que tu nous as raconté de l'ADN du parc.

On est partis d'un terrain d'élevage à Frossay, et on termine sur un conte qui se réécrit chaque année, Halloween, Noël, les hébergements, le parc animalier, pour que personne ne revienne voir deux fois la même histoire. Comme Alex le dit si bien, cette âme d'enfant et ces générations qui reviennent arrivent dans un parc illuminé : elles entrent dans un conte.

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